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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 17:00
  
   Voici un excellent article trouvé dans le journal d'une classe de l'école Champittet à Nyon (Suisse).
   A l'heure où l'on critique souvent les jeunes pour leurs intérêts orientés vers des séries TV cérébralement ramollissantes ou l'exposé de niaiseries sur Facebook, j'ai été agréablement de surpris de constater qu'une classe de français de 5ème était capable
de s'attaquer à un sujet aussi ardu que l'emploi du point-virgule en français.
  Naturellement, je salue au passage l'initiative d'une maîtresse aux idées originales.
   J'ai apprécié le sérieux de la démarche, l'humour, la drôlerie des illustrations.*


*Pour des raisons techniques, je n'ai pu insérer tous les graphismes.

Mais vous savez où aller chercher l'original si nécessaire!



Un spécialiste de la langue française, G. François, en retrace l'histoire. Voici ce qu'il explique à propos de la ponctuation et en particulier au sujet du point-virgule : « Le latin ne possédait pas de ponctuation. C'est au Moyen-Âge, où certains textes étaient lus, à voix haute, en public, que l'on a commencé à ponctuer les textes. Il y avait trois types de points : le point court, le point moyen et le point long. Le point-virgule est un héritier de ce point moyen. (le "comma " ou point renforcé) ».

Nous avons donc décidé de le suivre à la trace jusqu'à nos jours. Et nous avons remarqué que si nous le trouvions souvent dans des textes classiques, par contre dans les journaux, dans les livres lus dans l'année et même dans notre manuel de français, il fallait bien chercher pour le dénicher. Ainsi cette jolie ponctuation serait en voie de disparition

 

  Une élève est arrivée un matin avec  des arguments sur l'inutilité du point-virgule. Pour le prouver, elle nous a lu un extrait d'un texte interminable d'un certain monsieur Proust. Nous n'avons rien compris.

« Justement a-t-elle répondu, c'est parce qu'il n'y que des virgules et des points-virgules; l'absence de point rend la phrase incompréhensible ! Donc, a-t-elle conclu, il vaudrait mieux des points à la place des points-virgules ». Le problème c'est que personne à part notre maîtresse n'avait vraiment des arguments pour la faire taire. Et puis, la difficulté avec le point-virgule, c'est qu'on ne sait même pas où, quand et comment on doit l'utiliser! Selon nos livres de grammaire, on l'emploie pour séparer deux idées que l'on veut mettre en parallèle ou en opposition.

Après des explications au tableau, nous sommes allés rechercher sur la toile quelques indices.

Nous avons appris que dans sa version moderne, apparue vers le XVIIIe, sa fonction est celle-ci :« Le point-virgule s'emploie pour séparer dans une phrase les parties dont une au moins est déjà subdivisée par la virgule, ou pour séparer des propositions de même nature qui ont une certaine étendue. On doit éviter d'en faire un emploi excessif, l'utiliser là où il faudrait une virgule ou un point. » .

Nous tenons peut-être une partie de l'explication de sa disparition.

Sur plusieurs sites, nous sommes tombés sur un canular dans lequel des internautes affirment que le Président de la République aurait lancé une mission pour sauver le point-virgule. Un comité de défense du point -virgule a été créé dans les années 2000 mais le site internet est aujourd'hui fermé. Nous avons trouvé des quantités d'autres documents parlant de cette disparition, même un faire-part de deuil pour annoncer son décès. G. François affirme que «Peu de gens savent l'utiliser de façon correcte. Méconnu, il fait peur. Lorsque l'on met un point-virgule dans sa phrase, on sait toujours où elle commence... mais jamais trop où elle finit. ».


Une autre explication serait que nous vivons dans un monde pressé: l'information doit  être efficace et claire et les phrases courtes sont plus dynamiques.


Nous observons que dans les livres, la ponctuation dépend de chaque écrivain. Mais si au siècle passé, V. Hugo, Flaubert et Proust en employaient beaucoup dans leurs pages, - ;-)) aujourd'hui, peu d'auteurs pensent au point-virgule. Nous avons même lu ce commentaire de la part d'un auteur «ce signe est comme un parasite (...) qui n'est qu'un caramel trop mou qui colle aux dents du lecteur ».


La vie sans point-virgule, ça ressemblerait à quoi ? « Assurément à une cuisine sans épices, explique S. Prioul, auteur d'un livre sur la ponctuation. On ne peut pas comparer le point-virgule au sel ou au poivre, presque indispensables. Le point-virgule s'apparente plutôt à une épice qui, si elle rajoute une saveur particulière au résultat final, n'est pas indispensable non plus. On peut cuisiner sans épices comme on peut écrire sans points-virgules. ». En interrogeant quelques professeurs et des élèves de 6èmes, nous avons compris qu'eux non plus ne sauveraient pas le point-virgule.

Et vous amis-lecteurs de Champi-New'S, allez-vous rester insensibles à cette disparition ??? Pourtant


Là où la virgule relie seulement,

Là où le point sépare seulement,

Le point-virgule fait les deux ; à la fois il sépare et il relie.


Le point-virgule vu par une élève :


 Je ne veux pas du point-virgule car je le trouve trop difficile à employer. Cette petite chose en deux morceaux m'embête. Ce signe rend le texte plus gracieux, paraît-il ? Mais à quoi sert­il vraiment ? On peut le remplacer par un point ou par une virgule. Vous ne trouvez pas ? Est-ce un arrêt plus long que la virgule ? Si oui, pourquoi ne pas placer plutôt un point ? Marque-t-il un arrêt vraiment plus court que le point ? Si oui, pourquoi ne pas le remplacer par un point et si non, pourquoi ne pas tracer une petite virgule ? Mmh ? Ce mélange me donne le tournis.

Prenons un exemple : Marcel Proust ! Essayez de lire à voix haute quelques-unes de ses phrases, tiens, l'extrait dans lequel il parle de la petite madeleine. Eh bien, courage parce que

-           Quand vous arrivez enfin au point, vous n'êtes pas loin de l'étouffement.

-           Et puis, vous ne vous souvenez plus du début de ce que vous venez de lire.

Après cela, allez me donner des arguments pour employer le point-virgule !

 

(... ) La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.(...)

« Du côté de chez Swann ». M. Proust       


    En ce qui me concerne, j'adhérerai immédiatement au CDPV;
(Comité de Défense du Point-Virgule);
   Le petit texte de Proust ci-dessus constitue à lui seul un modèle de l'emploi du
point-virgule, il ne reste qu'à l'imiter!
   Maintenant, je ne vais pas vous laisser aller sans un devoir de vacances:
   Il y a seulement 5  points-virgules dans  le Bateau Ivre de Rimbaud:
En voici 3:

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Justifiez leur emploi répété à la fin des ces trois strophes,
en vous souvenant qu'on s'approche du dénouement (il ne reste
que 20 vers).
ET BONNES VACANCES!

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