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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 21:08
 Dans le désordre des livres de chevalerie, Don Quichotte peu à peu gagné par la folie.

Huile d' Adolf Schroedter
1805-1875




  Le chapitre VIII du Don Quichotte s'intitule " De la grande victoire que le vaillant don Quichotte remporta dans l'épouvantable et incroyable aventure des moulins à vents...". Si tout le monde se souvient de cet épisode, on oublie plus facilement le chapitre XII, où le  berger Chrysostome, meurt d'amour pour la belle Marcelle.
 
   Cervantes pose ici le problème de la beauté qu'on adule et dont on ne comprend pas qu'elle ne nous offre rien en retour.

   A l'enterrement du malheureux berger, tout le monde est remonté contre " l'horrible Marcelle", si bien qu'on la reçoit plutôt mal lorsqu'elle arrive:
  
" -Viendrais-tu par hasard, furie de ces montagnes, constater si les plaies de ce malheureux à qui ta cruauté a oté la vie se rouvriront en ta présence? Viens-tu t'enorgueillir de tes cruelles prouesses, contempler ta victoire du haut de ce rocher, comme l'impitoyable Néron les ruines de sa Rome incendiée? ..."

   Mais Marcelle, en réalité fille de bonne famille déguisée en bergère, dans une tirade dont la rhétorique suffirait largement pour ramener le troupeau à l'étable, résout notre problème:


    « Le ciel m'a faite si belle, dites-vous que sans pouvoir vous en défendre, vous êtes contraints de m'aimer et, en retour, vous prétendez et même exigez que moi aussi je vous aime. Je sais par l’intelligence naturelle que Dieu m'a donnée en partage, que tout ce qui est beau est aimable mais je ne pense pas que parce qu'on aime ce qui est beau, ce qui est beau soit obligé de répondre à cet amour. D'ailleurs, celui qui aime une beauté peut être laid et, la laideur ne méritant que d'être haïe, qui oserait dire : "Je t'aime parce que tu es belle: tu dois m'aimer, bien que je sois laid" ?

   « Mais, à supposer que la beauté soit égale de part et d'autre, il ne s'ensuit pas pour autant que, de part et d'autre, on doive éprouver les mêmes sentiments. Toutes les beautés ne donnent pas de l'amour: il y en a qui réjouissent la vue,  

sans enflammer le cœur. Si toutes forçaient les cœurs à se rendre, nos désirs passeraient sans cesse d'un objet à un autre, sans savoir auquel s'attacher; et le nombre des beaux objets étant infini, les désirs le seraient également. Or, j'ai entendu dire que le véritable amour n'admet ni la division ni la contrainte. S'il en est ainsi, pourquoi exigez-vous que je me rende à vos désirs pour la simple raison que vous pré­tendez m'aimer? Si, au lieu de me donner la beauté, Dieu m'avait voulue laide, serais-je en droit de me plaindre de vous parce que vous ne m'aimez point? Je n'ai pas choisi, moi, d'être belle : Dieu m'a ainsi faite sans me demander mon avis. De même que la vipère ne saurait être accusée de porter du venin, même mortel, puisque c'est la nature qui le lui a donné, personne ne peut me blâmer d'être belle.

 

     « Chez la femme honnête, la beauté est comme le feu, ou comme l'épée tranchante, qui ne font aucun mal à ceux qui ne s'en approchent pas. L'honneur et la vertu sont des ornements de l'âme, sans lesquels le corps le plus parfait ne saurait être beau. Si donc l'honnêteté, plus que toute autre vertu, pare et embellit le corps et l'âme, pourquoi celle qui est aimée pour sa beauté devrait-elle y renoncer, afin de répondre aux sentiments de celui qui, n'écoutant que son inclination, s'ingénie, par la force et par la ruse, à la corrompre? Je suis née libre, et c'est pour garder ma liberté que j'ai choisi la solitude des champs. Les arbres de ces bois sont ma compagnie, l'eau claire des ruisseaux mon miroir. C'est à ces arbres et à ces ruisseaux que je commu­nique mes pensées et que j'offre ma beauté. Je suis ce feu éloigné, cette épée tenue à l'écart. Les hommes que ma vue a séduits, je les ai détrompés par mes paroles. Et si les désirs s'alimentent d'espoir, comme je n'en ai point donné à Chrysostome - ni d'ailleurs à nul autre -, on peut bien dire que c'est son obstination qui l'a perdu et non ma cruauté. Et si l'on m'objecte que, ses désirs étant hon­nêtes, je me devais d'y répondre, je dirai qu'à cet endroit même où l'on creuse sa sépulture, et où il m'a fait part de ses honnêtes désirs, je lui ai déclaré mon dessein de vivre dans une perpétuelle solitude, affirmant que la terre seule recueillerait le fruit de ma vertu et les dépouilles, intactes, de ma beauté. »  Ed Points p.153-154

          Voilà, j'espère que vous serez suffisamment convaincus, pour ne plus gémir lorsqu' un être à la beauté resplendissante ne vous aimera pas!

 

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