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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 22:59

 

        Je suis heureux pour les mathématiques qu'elles aient eu leur Rimbaud en la personne de Wolfgang Doeblin, dont le suicide à 25 ans a laissé orphelins les plus hauts pontes des calculs de probabilité. Comme l'homme aux semelles de vent, Wolfgang a brillé tel un météore, mais n'a pas communiqué avec nous pauvres béotiens, car l'abstraction de ses travaux ne peut se traduire en images. Certaines sciences autorisent quelques métaphores, par exemple le " big-bang " ou les "trous noirs" en astro-physique, mais les maths ne disposent pas de ces courtes-échelles ! N'empêche que j'ai appris un joli mot, la stochastique, science mathématique qui utilise les probabilités pour exploiter les statistiques.
Kolmo450 



Marc Petit

L'équation de Kolmogoroff
Vie et mort de Wolfgang Doeblin,
un génie dans la tourmente nazie


Il s'était suicidé à vingt-cinq ans, le 21 juin 1940, voyant son ba­taillon encerclé par la Wehrmacht, pour ne pas tomber aux mains des nazis. Vincent Doblin, de son vrai nom Wolfgang Dœblin - fils du célèbre romancier Alfred Doblin, mais aussi génie des mathématiques -, avait pris soin de brûler ses papiers personnels, et adressé quelques mois auparavant à l'Académie des sciences, sous pli cacheté, le texte inachevé d'un mémoire intitulé L’équa­tion de Kolmogoroff. Ce pli mystérieux ne sera décacheté qu'en avril 2000, et personne ne se doute de ce qu'il contient: un chaînon manquant dans l'histoire des mathématiques contemporaines.

Sur les traces de Wolfgang, Marc Petit a enquêté en France et en Allemagne pour ressusciter l'émouvante histoire de cet homme d'exception et, ce faisant, évoque aussi la figure du père, un des plus grands et des plus singuliers écrivains du xx, siècle. À travers cet extraordinaire parcours croisé de deux êtres appa­remment aussi différents que distants, c'est toute l'histoire des intellectuels et savants juifs d'Allemagne et d'Europe centrale qui se déploie sous nos yeux.


    C'est ainsi qu'on retiendra davantage l'aspect tragique de la fin de W. Doeblin, véritablement pris entre deux feux: en tant que juif allemand, naturalisé français, se battant avec bravoure contre la Wehrmacht, il savait, sans même brandir une équation, que ses chances de survie en cas de capture tendaient vers zéro, à la vitesse d'un balle qu'il s'est aussitôt logée dans la tête lors de l'entrée dans Housseras (Vosges) de l'armée teutonne.
      En revanche, nous avons droit dans ce livre à la description détaillée de toute la saga familiale et notamment sur le père de Wolfgang, Alfred Doeblin, neuro-psychiatre et écrivain génial (Berlin Alexanderplatz, 1929). Une thèse intéressante, est que ce roman serait la première tentative littéraire de transcrire le mouvement brownien*. L'aléatoire deviendrait ainsi la matière du roman:

    " La vérité, écrit Doeblin, c'est qu'il n'y a ni début ni fin dans la vie réelle, à la différence de l'image que donnent d'elle les romans soumis à la forme traditionnelle. «Aujourd'hui, véritablement, l'homme n'est pas plus grand que la vague qui le porte. Font partie du tableau de notre époque l'incohérence de l'action, l'absurdité de l'existence en général, le fait d'aller dans tous les sens à la fois sans aucun répit." p.138


    Ici, les freudiens se régalent en voyant l'analogie des travaux d'Alfred et de Wolfgang comme un ultime duel oedipien. 

    L'équation de Kolmogoroff est un livre d'une densité extrême, fruit d'un travail de bénédictin dans les méandres de l'histoire politique, scientifique, littéraire, sociale de cette première moitié du XXème. Inutile de vouloir le lire dans les transports publics aux heures d'affluence! Mais passionnant et émouvant.


* Mouvement désordonné des particules en suspension dans un liquide, dû à l'agitation thermique. Découverte en 1827 de Robert Brown, botaniste britannique
.













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commentaires

clovis simard 02/08/2014 03:38

LES GÉNIES NE S'ADDITIONNENT PAS(fermaton.overblog.com)

Michel Luisier 28/01/2010 22:26


Merci Janine! Comme j'adore la poule faisane aux petits raisins, je vais sans doute les lire les deux! A+


janine 28/01/2010 22:17


Bravo pour tes critiques littéraires. Tu ne t'attaques pas à la facilité ! Que penses-tu de "Maurice à la poule" de Matthias Zschokke ou de "L'homme est un grand faisan sur terre" de Herta Müller ?
Bien amicalement...