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  • : Chez Michel, le badin pas si dingue
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Poésie

Dimanche 3 décembre 2006
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,
Millions d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? 

Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !
A. Rimbaud "Le bateau ivre"

Eh oui, je l'ai retrouvé tel quel dans le golfe du Morbihan!

Par Badingue
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Jeudi 18 janvier 2007



Je suis content de voir que je ne suis pas le seul à aimer une godasse dessinée dans sa choséité pure, presqu'en tant qu' Idée platonicienne, trouvée dans un Larousse de 1979, qui me ramène à Rimbaud, "A moi, l'histoire de mes folies":

"J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhytmes naïfs. "

Et parmi les petits livres de mon enfance, il y avait le dictionnaire et ses illustrations. J'y ajoute un devoir pour la prochaine fois: sortez des 14 termes ceux avec lesquels on ne peut pas faire jaillir une allusion sexuelle.

Par Badingue
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Lundi 26 février 2007
   
Hier, dans le supplément week-end du journal Le Temps, Michel Barbey, critique de jazz, a choisi
un mimétisme littéraire sur lit de métaphores valant leur pesant de cuivre, à propos de la sortie du CD " Sonny, please"
Sonny Rollins, l’ivre ouvert. Par Michel Barbey
 
[...]"Quoi de neuf? Rien sur le fond, mais tellement dans la manière. Ou, sans jeu de mots, dans le rapport à la matière, splendide et apparemment inentamable bloc de granit qui se prête ici, comme aux tout grands jours, aux plus argileuses manipula­tions. Rien à sculpter dans l'effort puisqu'un souffle suffit : la pâte so­nore à la Rollins, c'est un marbre duc­tile, une soufflerie de verre d'où sur­git et se métamorphose à l'infini toute une statuaire  baroque, un bes­tiaire fantasque livré aux plus impré­visibles sursauts. Suspens absolu du discours rollinsien, sac d'oursins d'où s'échappent à tout moment des ser­pents ivres."[...]
M.B. s'est bien défoncé, s'est fait plaisir, et à nous aussi.
 
Par Michel Luisier
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Vendredi 27 avril 2007

D'accord, je ne reprends pas dans la franche rigolade. Mais il se trouve qu'on m'a prêté aimablement un livre d'Alice Miller "Le Corps ne ment jamais, Flammarion 2004". Comme j'avais été séduit en 1983 déjà par "Le drame de l'enfant doué", je m'y suis plongé sans délai.
Le thème n'est pas absolument nouveau, il s'agit d'établir les relations entre nos traumatismes enfantins et leur expression psychosomatique aujourd'hui.
J'ai trouvé intéressant qu'Alice Miller prenne l'exemple de quelques grands auteurs, par exemple ce début de chapitre sur Rimbaud: "

4. Arthur Rimbaud ou la haine de soi
 
Arthur Rimbaud, né en 1854, mourut d'un cancer, quelques mois après l'amputation de sa jambe droite, en 1891, à l'âge de trente-sept ans. Sa mère, rapporte Yves Bonnefoy, était une dure et brutale, et, précise-t-il, toutes les source s'accordent à ce sujet.
« Madame Rimbaud fut un être d'obstination, d'avarice, d'orgueil, fière, de haine masquée et de sécheresse. Une figure d'énergie pure portée par une foi aux couleurs de bigoterie, amoureuse d'ailleurs, s'il faut en croire ses lettres extraordi­naires de 1900, de l'anéantissement, de la mort. Je ne puis citer pour son portrait, qui cependant les exige, ces constats enthousiastes d'inhuma­tion ou d'exhumation. Disons simplement qu'à soixante-quinze ans elle se fait descendre par les fossoyeurs dans sa tombe, entre Vitalie et Arthur morts, pour un avant-goût de la nuit ».
Grandir auprès d'une telle femme, qu'est-ce que cela a pu signifier pour un enfant intelligent et sensible ? La réponse se trouve dans la poésie de Rimbaud. Son biographe écrit plus loin :
«  Elle a essayé d'interrompre également sa matu­ration pourtant nécessaire. Elle a voulu étouffer au moins son désir d'indépendance, de liberté. La conséquence fut, chez celui qui s'est senti orphelin, une ambivalence profonde, à la fois haineuse et fascinée. De n'être pas aimé Rim­baud a obscurément déduit qu'il était coupable, et de toute la force de son innocence, il s'est dure­ment retourné contre son juge. » Yves Bonnefoy, Rimbaud, Seuil, réed. 1994"
 
Comme Saint Thomas, j'aime à vérifier les théories et je vous fais part de cette monumentale lettre de Madame Rimbaud à Arthur, alors dans la trentaine:
 
MADAME RIMBAUD À SON FILS (Pléiade 1972 p.404)
Roche, 10 octobre 1885.                    (caractères gras mis par moi)

 

 

 

Arthur, mon fils,
Ton silence est long, et pourquoi ce silence? Heureux ceux qui n'ont pas d'enfants, ou bien heureux ceux qui ne les aiment pas : ils sont indifférents à tout ce qui peut leur arriver. Je ne devrais peut-être pas m'inquiéter; l'année dernière, à pareille époque, tu as déjà passé six mois sans nous écrire et sans répondre à aucune de mes lettres, quelque pressantes qu'elles fussent; mais cette fois-ci voici bien huit longs mois que nous n'avons eu de tes nouvelles. Il esf inutile de te parler de nous, puisque ce qui nous concerne t'intéresse si peu. Cependant, il est impossible que tu nous oublies ainsi que t'est-il donc arrivé? N'as-tu plus ta liberté d'action? Ou bien es-tu malade au point de ne pouvoir tenir la plume? Ou bien n'es-tu plus à Aden? Serais-tu passé dans l'Empire chinois? En vérité, nous perdons la raison à force de te chercher; et j'en reviens à dire : Heureux, oh! bien heureux ceux qui n'ont point d'enfants, ou qui ne les aiment pas! Ceux-là, du moins, n'ont pas de déception à redouter, puisque leur cœur est fermé à tout ce qui les entoure. À quoi bon m'étendre davantage? Qui sait si tu liras cette lettre? Peut-­être ne te parviendra-t-elle jamais, puisque je ne sais où tu es, ni ce que tu
fais.
Bientôt, tu dois être appelé pour faire tes treize jours comme soldat; les gendarmes viendront encore une fois ici pour te chercher. Que puis-je dire? Si du moins tu m'avais envoyé ton pouvoir, comme tu me l'as déjà donné, je l'aurais fait voir aux autorités militaires; mais voici déjà trois fois que je te le demande sans rien obtenir. Tout donc à la volonté de Dieu! Quant à moi, j'ai fait ce que j'ai pu.
A toi,
V[EUVE] RIMBAUD.
Et pour terminer: CQFD !!
Par Michel Luisier
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Samedi 28 avril 2007

Après la séance morbido-patho d'hier, soyons plus gais: après avoir lu ensemble Le Bateau Ivre de Rimbaud, j'ai demandé à chacun des élèves de choisir la strophe qui lui plaisait le plus, de la SENTIR et de la VOIR plus que de l'analyser et de la "mettre en scène". Voici ce que cela a donné pour la strophe 10:

"J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs!"
Cela ne se voit pas bien sur la photo, mais la partie de gauche est rendue en 3D. 
La séance leur a plu et à moi aussi.
Par Michel Luisier
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