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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 16:20

L'ÎLE DES CHASSEURS D'OISEAUX

(texte de couverture)

"Marqué par la mort récente de son fils unique, l'ins­pecteur Fin Macleod est envoyé sur son île natale de Lewis car un meurtre vient d'y être commis selon la même mise en scène que celui sur lequel il en­quête à Edimbourg. La tempétueuse île de Lewis, au nord de l'Ecosse, semble sortie d'un autre temps : on se chauffe à la tourbe, on pratique le sabbat chrétien, on parle la lan­gue gaélique. D'autres traditions particulières y perdu­rent, comme cette expédition organisée chaque été, qui conduit un groupe d'hommes sur l'îlot rocheux inhospitalier d'An Sgeir où ils tuent des milliers d'oi­seaux nicheurs destinés à la consommation. Dix-huit ans auparavant, Fin a participé à ce pé­rilleux  voyage initiatique. Il a ensuite quitté l'île et  n'y est jamais revenu. 

 

IleLewis.jpg

 Retourner là-bas, c'est retrouver un ami d'enfance, un premier amour, quelques camarades d'école de sinistre mémoire ; c'est sur­tout prendre le risque de laisser surgir les souvenirs, de découvrir à quel point on n'a rien oublié...

Un roman sombre et tourmenté, au suspense inexorable, plongé dans une atmosphère brumeuse qui doit autant aux décors naturels qu'à l'âme des personnages.

Installé dans le Sud de la France, l’ Ecossais Peter May est l'au­teur de nombreux romans policiers, notamment dune "série chinoise" à grand succès: Son oeuvre est traduite en France par les éditions du Rouergue, où l'on pourra lire la suite de L’lle des chasseurs d'oiseaux : L'Homme de Lewis (2011).

   

     Le numéro de voltige réalisé par Peter May dans ce polar consiste à reléguer l'intrigue policière au rang de prétexte. En fait, le lecteur va plutôt suivre à petits pas la biographie de l'inspecteur  Finlay Macleod, dit "Fin", depuis ses premières amours avec la blonde Marsaili, la rivalité avec son ami et rival Artair, les multiples frasques adolescentes, l'expérience initiatique sur l'île aux oiseaux, la vie d'étudiant à Glasgow et ses amours tumultueuses.

Le roman se révèle aussi comme un document ethnographique et sociologique sur les moeurs des habitants de l'île de Lewis. Avec en prime pour les ornithologues, la description détaillée de cette chasse au "guga", jeune fou de Bassan pris et tué sur le nid. Citation:

" Guga était le terme gaélique pour désigner un jeune fou de Bas­san un oiseau que les hommes de Crobost chassaient lors d’un voyage de deux semaines qui avait lieu chaque mois d'août et qui les menait sur un caillou, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la pointe de Lewis. Ils l'appe­laient An Sgeir  "Le rocher", tout simplement. Des falaises de cent mètres, battues par les tempêtes, qui émergeaient de l'océan. Chaque année, à cette période, elles étaient envahies par des fous de Bassan, venus nidifier, et leurs petits. C'était l'une des plus importantes colonies de fous Bassan au monde et, depuis plus de quatre siècles, les hommes de Ness y faisaient un pèlerinage, affrontant des mers déchaînées sur des barques, afin de ramener leurs prises. Maintenant, ils s'y rendaient à bord d'un chalutier. Douze hommes de Crobost, le dernier village de Ness à perpétuer la tradition. Ils passaient quatorze jours sur le rocher, à la dure, escaladant les falaises par tous les temps, au risque de leur vie, pour piéger puis tuer les oisillons dans leurs nids. A l'origine, le voyage était motivé par la nécessité de nourrir les villageois restés à terre. Désor­mais, le guga était surtout un mets de choix, très recherché ­sur l'île. La loi limitait les prises à deux mille oisillons, une exception inscrite dans la loi pour la protection des oiseaux qui avait été votée par la Chambre des communes à Londres, en 1954. Pour qu'une famille puisse espérer manger du guga, il fallait donc qu'elle ait de la chance, ou d’excellentes relations. (P.73)

 

Cela dit, même en filigrane, l'enquête est passionnante; pour les profilers amateurs, bravo si vous trouvez le criminel et son mobile!



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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 16:42
Joseph Conrad 1904
 

Joseph Conrad avait pourtant averti le capitaine Schettino!

 

 

   Joseph Conrad ne voulait pas être réduit à l’étiquette d’écrivain des mers, même s’il avait fini par devenir capitaine, après une carrière d’une vingtaine d’années sur les bateaux.

   Ce n’était pas tant la technique qui le passionnait, mais les qualités morales inhérentes au métier de marin.

   C’est ainsi qu’il se glisse dans la peau du narrateur Marlow, lors d’une tentative de remontée du Congo sur un vieux vapeur, pour adresser au capitaine Schettino un préavis vieux de 113 ans !

 

« Après tout, pour un marin, faire talonner le fond à l’objet qui est censé flotter tout le temps sous sa garde, c’est un péché impardonnable. Il se peut que personne n’en sache rien, mais vous n’oubliez jamais le choc, hein ? Un vrai coup au cœur. On s’en souvient, on en rêve, on se réveille la nuit et on y pense-des années après-et on en a des frissons de la tête aux pieds. »

 

(A cœur des Ténèbres II, Pléiade, p.90)

 

Ecoles de marine: lisez Conrad!

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 18:13

 

Le Rêve du Celte de Mario Vargas Llosa


Il reste une image du colonialisme à la papa qu'on trouve dans Tintin au Congo ou dans des films comme "Out of Africa"; alors, si vous voulez vous débarasser de cette image "bon enfant", lisez ce chef d'oeuvre de Vargas Llosa et les écailles vous tomberont des yeux jusqu'à la cheville !

Ces dernières années, on a pris l'habitude de considérer l'Holocauste comme l'emblème du Mal Absolu, mais à la lecture de ce livre, j'ai envie de revoir mon classement.

Sous prétexte de débarasser les indigènes de rituels anthropophagiques, on leur a fait subir des tortures à côté desquels cette pratique ancestrale prend l'air d'un amusant déjeuner sur l'herbe ! Après avoir dû signer des contrats alors qu'ils ne savaient pas lire, les Congolais durent:  abandonner leurs champs, la pêche et la chasse, leurs rites et routines pour devenir guides, porteurs, chasseurs et collecteurs de caoutchouc, sans recevoir aucun salaire." p.60. Les villages devaient livrer la nourriture pour La Force publique, des manoeuvres pour les constructions ainsi que des quotas de caoutchouc. Lors de manquements à ces obligations, la première sanction était la chicotte, le meilleur fouet jamais inventé à base de lanières de peau d'hippopotame. S'ils s'enfuyaient:" Les femmes de fuyards y étaient fouettées, condamnées au supplice de la faim et de la soif, et parfois soumises à des tortures aussi raffinées que de leur faire ingurgiter leurs propres excréments ou ceux de leurs gardiens. " p.61

Roger Casement dénoncera toutes ces exactions dans un long rapport qui fera date dans l'histoire du combat contre l'esclavage. Il aura ensuite le courage de s'attaquer aux coutchoutiers d'Amazonie qu'il réussira finalement à confondre. Revenu en Europe (c'est l'objet de la 3ème partie) son idéalisme va l'entraîner dans le combat pour l'indépendance de l'Irlande. Il croit à une aide possible de l'Allemagne, ce que la Grande Bretagne ne lui pardonnera pas, même après l'avoir anobli pour ses missions humanitaires.

 

Recto

Casement450

Roger Casement vers 1900. D'après photo © Underwood & Underwood/Corbis.

Verso

Le rêve du Celte

Traduit de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Anne-Marie Cases

Le thème central de ce roman, conduit au rythme haletant des expéditions et des rencontres du protagoniste, est la dénonciation de la monstrueuse exploitation de l'homme par l'homme dans les forêts du Congo - alors pro­priété privée du roi Léopold II de Belgique - et dans l'Amazonie péruvienne - chasse gardée des comptoirs britanniques jusqu'au début du XXe siècle.

Personnage controversé, intransigeant, peu commode, auteur d'un célèbre rapport sur l'Afrique qui porte son nom, l'aventurier et révolutionnaire irlan­dais Roger Casement (1864-1916) découvre au fil de ses voyages l'injustice sociale mais également les méfaits du colonialisme qu'il saura voir aussi dans son propre pays. Au rêve d'un monde sans colonies qui guidera son combat viendra ainsi s'ajouter, comme son prolongement nécessaire, celui d'une Irlande indépendante. Tous les deux vont marquer la trajectoire de cet homme intègre et passionné dont l'action humanitaire deviendra vite une référence incontournable mais que son action politique conduira à mourir tragiquement dans la disgrâce et l'oubli.

Après nous avoir raconté l'assassinat de Léonidas Trujillo, le dictateur de la République dominicaine, dans La fête au Bouc (2002), puis les derniers jours de la féministe Flora Tristan dans Le Paradis- un peu plus loin (2003), Mario Vargas Llosa exhume à nouveau une fascinante figure historique et, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, la replace brillamment dans son époque et dans la trame unique de son destin.

Mario Vargas Llosa, né au Pérou en 1936, est l'auteur de Conversation à « La Cathédrale » (1973), La fête au Bouc (2002), Le Paradisun peu plus loin (2003) et de Tours et détours de la vilaine fille (2006), parmi la vingtaine d’oeuvres qui ont fait sa réputation internationale. Il est aussi l'essayiste lucide et polémique deL'utopie archaïque (1999) et duLangage de la passion (2005). Son oeuvre a été couronnée par de nombreux prix littéraires, dont le plus prestigieux, le prix Nobel de littérature, en 2010.


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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:41

 

                On en parle d'autant plus que le film de Pawel Pawlikowski vient de sortir en novembre 2011, mais le bouquin vaut le détour et tient bien dans les mains. Environ 400 pages en 21 chapitres pour suivre la descente aux enfers de Harry Ricks, un professeur d'université américain, broyé par un désastre amoureux, professionnel, familial, judiciaire, une fuite à Paris, bref, " la totale ".

       Ce scénario de la dèche tient sur 130 pages et on allait commencer à s'ennuyer quand surgit Margit Kadar en femme fatale. Fatale même dans le sens littéral du latin fatum, le destin, car on va la découvrir peu à peu en manipulatrice de destin....mais.. , ...silence...à vous de découvrir!


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       Dans la citation ci-dessous, elle relate son expérience antérieure de femme obligée de vendre ses charmes pour survivre. Ce passage est assez représentatif d'une opposition entre la morale américaine et une forme d'amoralité que prône Margit, un des fils conducteurs du roman.


  Page 168, c'est Harry qui commence le dialogue:

 

 

-Ton mari devait être un homme remarquable­ment tolérant.

-Il était aussi complexe que n'importe qui. Des points forts remarquables, de grandes faiblesses... Je l'aimais à la folie mais je le haïssais, souvent. Et je crois que c'était pareil pour lui, envers moi. Et quand il s'agissait d'autres femmes, ce n'était pas un saint.

- Il avait des maîtresses ?

- Un jardin secret... avec beaucoup de fleurs. - Et tu ne t'y opposais pas ?

-Il a toujours été discret, là-dessus, et il ne m'a jamais fait me sentir moins importante pour lui. Au contraire, je crois que ce sont toutes ses aventures qui lui ont permis de rester avec moi.

J'ai secoué la tête. Elle a ajouté -Ça t'intrigue, n'est-ce pas ?

-J'avoue que oui. Je n'imagine pas un seul couple américain qui accepterait ce genre d'arrangement. -Je suis sûre qu'il y en a beaucoup, moi. Mais, évidemment, ils gardent ça pour eux.

- Peut-être, mais à la base de la culture américaine il y a une conviction profonde : qui dit transgression dit punition.

- Tu es bien placé pour le savoir. - Comment en es-tu si certaine ?

- Ça se lit partout sur toi. Tu as été pris en flagrant délit de quelque chose. N'est-ce pas une autre règle de la vie américaine, « Ne jamais se faire prendre » ?

-Non. La règle, c'est: « Il y a un prix à payer pour tout. »

- Quelle triste philosophie... penser que le plaisir doit toujours être puni.

- Le plaisir illicite, seulement.

- Mais les plus grands plaisirs sont toujours illici­tes, tu ne crois pas ? m'a-t-elle demandé à voix basse et en approchant ses lèvres des miennes.

Nous nous sommes embrassés avec fougue, puis elle s'est reculée.

-J'ai dit « Pas aujourd'hui », a-t-elle murmuré. Mais dans trois jours, ce sera oui... Et maintenant, tu dois partir.

- Déjà ?

- J'ai à faire. - OK.

        Comme après toute descente aux enfers, il faut une sorte de rédemption, Margit va aider Harry à remonter la pente...avec des méthodes sentant le soufre mais assez radicales! 

         Edition Pocket, No 13573, paru en mai 2007

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 13:05

 

 

Boston: the Tobin Bridge

Tobin-Bridge_JPG.jpg

 

Sous le Pont Mirabeau coule la Seine et nos amours...merci l'Apollinaire pour ce fabuleux poème!  Mais sous le Tobin Bridge à Boston coule la Mystic River qui n'a rien de mystique: son seul rapport à l'au-delà étant d'ouvrir son cimetière d'eaux glauques et huileuses à quelques malheureux héros du livre de Dennis Lehane, Mystic River. (Rivages /Noir 515, 584 pages)

 Maintenant, il n'y a que deux possibilités: soit vous avez déjà vu le film réalisé par Clint Eastwood en 2003 et qui passe pour excellent, mais alors le livre perdra sa charge de suspense, soit non, et vous gardez intactes vos chances de lire un polar d'exception  Mystic-River.jpg

 

    En exergue, deux citations dont une du poète espagnol Gongora: " Il n'existe pas de rue aux pavés muets, ni de maison sans échos. "  Pas étonnant que tout commence par la présentation du schisme entre deux quartiers, les Flats, prolétaire, baptisé "Cradeville" et par ceux du Point, classe moyenne.  En 1975, trois garçons, Sean Devine, Jimmy Marcus et Dave Boyle font les quatre cents coups dans ce périmètre mais Dave va être enlevé par de faux flics...On retrouve ces trois protagonistes 25 ans plus tard au coeur d'une tourmente: la fille de Jimmy, truand repenti, a été assassinée; Dave, qui ne s'est jamais remis de son enlèvement est soupçonné, et c'est l'inspecteur Sean Devine qui mène l'enquête. Difficile de faire mieux comme imbroglio.

        Je vous laisse déguster les méandres de l'enquête; gardez toutefois un oeil sur cet aspect socio-ethnologique, le tissu urbain devenant une sorte de personnage:

" Sean fut assailli par une douleur sourde au niveau des yeux, et dans l'éclat du soleil impitoyable réfléchi par les capots et les coffres, il lui sembla soudain mesurer la pression de la rue, de ses maisons, du Point tout entier et des attentes placées en lui, Sean Devine. Il n'était pas du genre à voler des bagnoles. Un jour, il irait à l'université, et il se débrouillerait pour faire de sa vie quelque chose de grand, de mieux, que celle d'un contremaître ou d'un débardeur. (p.25)

 

       Par ailleurs, outre les détails de l'enquête policière, Dennis Lehane excelle dans l'analye de l'évolution psychologique des personnages (y compris secondaires), des noeuds familiaux, de la violence des passions, des sentiments.

      On appréciera les métaphores surprenantes, ancrées dans le concret, très sensitives: "De nouveau, Sean éprouva cette sensation de changement brutal d'atmosphère, accompagnée cette fois par un goût de piécettes sales dans la bouche. Son estomac lui semblait creux, comme évidé à la cuillère. " (p.30)

        Bonne lecture! Maintenant, je suis mûr pour le DVD!

        

 

 

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 15:19

 

    

       Vous trouverez cette rubrique "Saut de Loup" dans le Journal Coopération en  Suisse.  "Grégoire" nous y présente chaque semaine un petit gag, souvent basé sur des jeux de mots,  dont la portée, si elle n'est pas forcément transcendantale, a le mérite d'amuser les esprits facétieux.

     Comme la rotative dédiée à la rentrée littéraire tourne déjà à plein régime, j'ai trouvé la petite histoire très à propos, lorsqu'il s'agit de déceler de nouveaux talents. 

 

 

      (Coopération No 34 du 24 Août 2010, p. 91)

 

Saut de Loup

 

Marcel Proust

L'éditeur avait en face de lui un écrivain à la fine moustache. «J'ai lu attentivement votre manuscrit. C'est verbeux de chez verbeux.» II tendit la main avec nonchalance et choisit un passage. L'écrivain ne fut pas sans remarquer que la page était marquée d'un signet. «Je vous cite au hasard: Quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore... Bref, c'est redondant de chez redondant. On a l'impression que vous écrivez les volets fermés.» L'écrivain faillit dire que c'était bien le cas, mais il se tut. Nouvel abordage de l'éditeur: «Avez-vous prévu un titre, au moins?» Et l'auteur, d'une voix frêle: «Oui. Du côté de chez Swann.»

                                                                                        Grégoire

 

  

    

Curieux, j'ai voulu revoir la phrase complète: 

 

Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."

 

 

 Ainsi notre hypothétique éditeur aurait raté cette pièce majeure de l'échiquier proustien, le rôle des sens dans la construction de la mémoire. Ce passage explique et met un terme à la fameuse expérience de la madeleine.

 

Voilà, on est prêts pour la rentrée!

 

 

 

 

  

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 09:31

 

    J'ai beaucoup aimé le sérieux de Dan Simmons dans le souci constant d'une description la plus véridique possible sur le plan historique, géographique, sociologique, scientifique, maritime et technique, lors de ces approches du Pôle Sud vers 1845.

    Le fantastique opère d'autant mieux lorsqu'on l'inscrit dans un contexte rigoureux, dans une réalité ordinaire et mesurable.

 

terreur

 

Voici le quatrième de couverture:

 

1845  Vétéran de l'exploration polaire, Sir John  Franklin se déclare certain de percer le mystère du passage du Nord-Ouest. Mais l'équipée, mal préparée, tourne court; le Grand Nord referme ses glaces sur Erebus et Terror, les deux navires de la Marine royale anglaise commandés par Sir John. Tenaillés par le froid et la faim, les cent vingt-neuf hommes de l'expédition se retrouvent pris au piège des ténèbres arctiques.


 L'équipage est, en outre, en butte aux assauts d'une sorte d'ours polaire à l'aspect prodigieux, qui transforme la vie à bord en cauchemar éveillé. Quel lien unit cette «chose des glaces » à Lady Silence, jeune Inuit à la langue coupée et passagère clandestine du Terror? Serait-il possible que l'étrange créature ait une influence sur les épouvantables conditions climatiques rencontrées par l'expédition ?Le capitaine Crozier, promu commandant en chef dans des circonstances tragiques, parviendra-t-il à réprimer la mutinerie qui couve ?  

      Désigné comme l'un des dix meilleurs livres de l'année 2007 par Entertainment Weekly et USA Today, Terreur arrive enfin en France. S'inspirant d'une histoire authentique - celle de l'expédition Franklin, qui passionna l'Angleterre victo­rienne -, Dan Simmons livre un roman sombre et grandiose, d'une intensité dramatique et d'un souffle exceptionnels.

      Maître incontesté de la science-fiction depuis la parution des quatre romans du cycle des Cantos d'Hypérion et du diptyque Ilium/Olympos, Dan Simmons est également l'auteur de romans d'horreur et de romans fantastiques, tels que L'Échiquier du Mal.


« Je suis en admiration devant Dan Simmons. »

                                  Stephen King

 

Traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque

 

     Je ne vous en dis pas plus, la Toile regorge déjà d'analyses et critiques plus pertinentes les unes que les autres, en voici une: ICI

 

http://www.cafardcosmique.com/The-Terror-de-Dan-SIMMONS

 

 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 09:49
Shantaram, de Gregory David Roberts  
Vous ne le lâcherez pas, préparez quelques repas d'avance et dites au revoir à vos proches, mettez le panneau " Ne pas déranger"! Vous vous évitez une semaine de télé-débile! 

 Vue du "pavé" de 872 pages, écrit avec des caractères à peine

 supérieurs  à 1 mm, passez chez votre opticien avant de vous lancer!

  Rapport qualité/prix imbattable, 13 euros chez "J'ai Lu"!
Shantaram1

" Dans les années 1980, Lin s'évade d'une prison australienne et s'envole pour Bombay. C'est alors le début d'un long parcours initiatique, au cours duquel sa vie sera bouleversée. Docteur dans un bidonville avant d'intégrer la mafia de Bombay, Lin connaîtra l'amour mais devra aussi faire face à la trahison et à la violence. Grande fresque épique, ce roman brosse le portrait d'une Inde terriblement humaine. "

 

Né en Australie, après une descente aux enfers et une série de vols, il est condamné à dix-neuf ans de prison.
Il s'évade, passe dix ans à Bombay et est repris en Allemagne où il commence la rédaction de Shantaram en prison. Traduit en 31 langues et publié dans 90 pays, best-seller mondial, Shantaram est en en cours d'adaptation au cinéma avec Johnny Depp dans le rôle

principal.

 

Si vous vous lancez dans ce livre, vous ne saurez vous ennuyer! Et s'il se trouvait que vous ayez un petit souci, comme il en arrive à chacun, vous pourrez vous rassurer avec Montesquieu: "Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé."

 

Une histoire de fugitif, c'est l'adrénaline assurée, car l'épée de Damoclès d'une éventuelle capture vibre sur votre tête! Qui dit fugitif dit aussi quête de l'identité puisqu'il faut se reconstruire en l'absence des repères habituels. 

 

D'où l'importance que prend Khaderbhai, à la fois père spirituel et chef mafieux pour notre héros Lin aux divers " pseudos "  puisqu'il ne peut décliner son identité :

" Le faux passeport dans mon sac à dos disait que j'étais un citoyen néo-zélandais. La carte de visite dans ma poche disait que j'étais un Américain du nom de Gilbert Parker. Les gens du village de Sunder m'avaient rebaptisé Shantaram. Dans le bidonville, j'étais connu sous le nom de Linbaba. Un tas de gens dans mon pays me connaissaient grâce à une photo sur une affiche. p.282"

 

Lin ressent une véritable fringale du "père ":
" L'envie d'être un fils d'Abdel Khader Khan, d'obtenir la bénédiction d'un de ses compliments, était insoutenable. Le creux dans mon cœur où aurait pu, où aurait dû se trouver l'amour d'un père épousait les contours de sa silhouette et prenait les traits de son visage. Les  pommettes saillantes, la barbe grise bien taillée, les lèvres sensuelles et les yeux couleur d'ambre devenaient le visage parfait du père. p.285 "

 

Grâce à son meilleur ami Prabaker, dit  " Prabu ", Lin va s'immerger peu à peu dans Bombay et découvrir les arcanes de l'âme indienne. Loin de l'étudier comme un intellectuel, il va s'engager à fond dans l'organisation d'un petit dispensaire à l'intérieur d'un bidonville, le gangster se double alors d'un abbé Pierre!

 

Et l'amour dans tout cela? Magnifique histoire parce qu'impossible avec Karla, reflets d'un drame douloureux ,touches poétiques :
" Nos lèvres se sont rencontrées puis fondues comme les crêtes tourbillonnantes des vagues pendant la tempête. Je me suis senti tomber : libre, loin enfin de cet amour qui s'était épanoui en moi telle une fleur de lotus. Ensemble nous sommes tombés, le long de ses cheveux noirs, jusque sur le sable encore tiède au creux du bateau échoué. " p.868

 

Ajoutez à cela un débat philosophique en toile de fond sur la complexité du monde, la recherche du sens, la souffrance, le bien et le mal; l'aventure au coin de la rue, guerre des gangs, guerilla en Afghanistan et malgré tout de l'humour!

 

Des sites et des blogs comme s'il en pleuvait, en premier lieu, celui de l'auteur:

 

http://www.shantaram.com/

 

et d'inombrables présentations ou critiques: attention, après quelques unes, vous n'avez plus besoin le lire le roman! 

 

 

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 17:10


 

     Ça nous change la vie de ne pas forcément démarrer avec l'inspecteur Callaghan dans les égoûts du Bronx, le commissaire San Antonio à Paname, SAS à Rio, Wallander à Malmö vous m'avez compris.

    Ce roman policier d'Anne Cuneo " Lacunes de la mémoire " se déroule entre Lausanne et Davos et détour par Berne. C'est ainsi que l'exotisme consiste parfois à traîner autour de chez soi!

     Autre variante, l'enquêtrice Marie Machiavelli, malgré un nom aux relents sulfureux, n'a rien de la super woman armée jusqu'aux dents, ni de la sphinx de commissariat aux intuitions lumineuses. Elle est avocate spécialisée dans les analyses financières mais sa nature très curieuse-un syndrome de Saint Thomas- la pousse à vérifier minutieusement toutes les données d'un problème.

     C'est donc une de ses amies, Aurore, qui s'est retrouvée dans un état d'hébétude avancée, un browning à la main, devant le cadavre de son amant, Denis Joly, joli nom pour un ex play boy. Je vous concède que le crime-où-on-met-l'arme-dans-la-main-d'un-innocent n'est pas une nouveauté spectaculaire. Tout accuse cependant Aurore et le juge Piccolin est archi persuadé de sa culpabilité.

     M. Machiavelli pense l'inverse, mais se pourrait-il que tous les deux se trompent? A vous de voir!

     Le roman repose sur un fait d'actualité: dans la vie des couples, on trouve encore pas mal de crimes qu'on aurait pu éviter par un simple divorce!

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 22:59

 

        Je suis heureux pour les mathématiques qu'elles aient eu leur Rimbaud en la personne de Wolfgang Doeblin, dont le suicide à 25 ans a laissé orphelins les plus hauts pontes des calculs de probabilité. Comme l'homme aux semelles de vent, Wolfgang a brillé tel un météore, mais n'a pas communiqué avec nous pauvres béotiens, car l'abstraction de ses travaux ne peut se traduire en images. Certaines sciences autorisent quelques métaphores, par exemple le " big-bang " ou les "trous noirs" en astro-physique, mais les maths ne disposent pas de ces courtes-échelles ! N'empêche que j'ai appris un joli mot, la stochastique, science mathématique qui utilise les probabilités pour exploiter les statistiques.
Kolmo450 



Marc Petit

L'équation de Kolmogoroff
Vie et mort de Wolfgang Doeblin,
un génie dans la tourmente nazie


Il s'était suicidé à vingt-cinq ans, le 21 juin 1940, voyant son ba­taillon encerclé par la Wehrmacht, pour ne pas tomber aux mains des nazis. Vincent Doblin, de son vrai nom Wolfgang Dœblin - fils du célèbre romancier Alfred Doblin, mais aussi génie des mathématiques -, avait pris soin de brûler ses papiers personnels, et adressé quelques mois auparavant à l'Académie des sciences, sous pli cacheté, le texte inachevé d'un mémoire intitulé L’équa­tion de Kolmogoroff. Ce pli mystérieux ne sera décacheté qu'en avril 2000, et personne ne se doute de ce qu'il contient: un chaînon manquant dans l'histoire des mathématiques contemporaines.

Sur les traces de Wolfgang, Marc Petit a enquêté en France et en Allemagne pour ressusciter l'émouvante histoire de cet homme d'exception et, ce faisant, évoque aussi la figure du père, un des plus grands et des plus singuliers écrivains du xx, siècle. À travers cet extraordinaire parcours croisé de deux êtres appa­remment aussi différents que distants, c'est toute l'histoire des intellectuels et savants juifs d'Allemagne et d'Europe centrale qui se déploie sous nos yeux.


    C'est ainsi qu'on retiendra davantage l'aspect tragique de la fin de W. Doeblin, véritablement pris entre deux feux: en tant que juif allemand, naturalisé français, se battant avec bravoure contre la Wehrmacht, il savait, sans même brandir une équation, que ses chances de survie en cas de capture tendaient vers zéro, à la vitesse d'un balle qu'il s'est aussitôt logée dans la tête lors de l'entrée dans Housseras (Vosges) de l'armée teutonne.
      En revanche, nous avons droit dans ce livre à la description détaillée de toute la saga familiale et notamment sur le père de Wolfgang, Alfred Doeblin, neuro-psychiatre et écrivain génial (Berlin Alexanderplatz, 1929). Une thèse intéressante, est que ce roman serait la première tentative littéraire de transcrire le mouvement brownien*. L'aléatoire deviendrait ainsi la matière du roman:

    " La vérité, écrit Doeblin, c'est qu'il n'y a ni début ni fin dans la vie réelle, à la différence de l'image que donnent d'elle les romans soumis à la forme traditionnelle. «Aujourd'hui, véritablement, l'homme n'est pas plus grand que la vague qui le porte. Font partie du tableau de notre époque l'incohérence de l'action, l'absurdité de l'existence en général, le fait d'aller dans tous les sens à la fois sans aucun répit." p.138


    Ici, les freudiens se régalent en voyant l'analogie des travaux d'Alfred et de Wolfgang comme un ultime duel oedipien. 

    L'équation de Kolmogoroff est un livre d'une densité extrême, fruit d'un travail de bénédictin dans les méandres de l'histoire politique, scientifique, littéraire, sociale de cette première moitié du XXème. Inutile de vouloir le lire dans les transports publics aux heures d'affluence! Mais passionnant et émouvant.


* Mouvement désordonné des particules en suspension dans un liquide, dû à l'agitation thermique. Découverte en 1827 de Robert Brown, botaniste britannique
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