Sociologue, Alain Ehrenberg dirige le groupement de recherche « Psychotropes, Politique, Société » du CNRS. La Fatigue d'être soi est le troisième volet d'une recherche
qui, après Le Culte de la performance et L'Individu incertain, s'attache à dessiner les figures de l'individu contemporain."
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Il ne s'agit pas d'une fatigue d'être soi par la contemplation désolée chaque matin du même nez au milieu de sa figure. Mais de tout devoir choisir en tant qu'individu à
chaque moment, là ou autrefois la meute originelle ou la société pré-moderne nous reposait par les normes du "prêt à porter". Voyons p.236:
"Quel que soit le domaine envisagé (entreprise, école, famille), le monde a changé de règles. Elles ne sont plus obéissance, discipline, conformité à la morale, mais flexibilité, changement,
rapidité de réaction, etc. Maîtrise de soi, souplesse psychique et affective, capacité d'action font que chacun doit endurer la charge de s'adapter en permanence à un monde qui perd précisément
sa permanence, un monde instable, provisoire, fait de flux et de trajectoires en dents de scie. La lisibilité du jeu social et politique s'est brouillée. Ces transformations
institutionnelles donnent l'impression que chacun, y compris le plus humble et le plus fragile, doit assumer la tâche de tout choisir et de tout décider."
Comme le disait déjà Freud en 1938: "Le barbare, il faut bien l'avouer, n'a pas de peine à bien se porter, tandis que pour les civilisés, c'est là une lourde tâche."
Très bon historique des définitions de la dépression et des thérapies successivement proposées.
De même qu'on arrive au bureau en disant :" Ah! je tiens une bonne crève aujourd'hui", personne ne s'exclamerait: " Ah! la déprime que je me prends aujourd'hui!"