Pa Capona
Dans le recueil de nouvelles « La Sybille », Récits Italiens, Jacques Mercanton pose le problème crucial des raisons qui nous poussent à voyager et propose une hypothèse pour le moins surprenante : on voyagerait pour vérifier le connu et non découvrir l'inconnu . Cela se passe dans une pizzeria où le narrateur entame une conversation avec un jeune agent de tourisme :
".... je liai conversation avec un voisin de table, un homme jeune, d'une tournure avantageuse, les manières engageantes, qui me donna quelques indications sur la vraie façon de préparer ce plat régional.
- On ne le mange qu'à Naples, affirma-t-il, et seulement dans quelques endroits. Partout ailleurs, c'est une sorte de tarte épaisse, indigeste, qui n'a rien de commun avec la pizza authentique. Ici, vous êtes bien tombé. Vous avez remarqué comme c'est léger, d'une saveur délicate.
Il m'apprit qu'il avait un emploi dans une agence de tourisme, parlait plusieurs langues, s'amusait à observer la mentalité des étrangers.
- Il faut leur fournir ce qu'ils attendent, vrai ou faux. C'est la règle. Jamais quelque chose qui les surprenne ou qu'ils n'ont pas prévu: on leur fait perdre leur temps, ou on se moque d'eux. Les gens voyagent pour vérifier que les pays qu'ils visitent répondent exactement à l'image qu'ils s'en font. Surtout point de découverte, qui dérange leurs idées.
- N'existe-t-il pas de voyageurs curieux?
-Peut-être. Mais ceux-là ne s'adressent pas à nous. - Pourtant, dis-je, il arrive qu'ils aient besoin de
lumières. " ( Ed. L'Age d'Homme, p.109)
Bien entendu, la réponse réclamerait au moins une thèse de doctorat.
Je vous dirai simplement : vérifiez au prochain voyage !
(Ps. Pour ce qui est de la pizza, j'ai déjà vérifié " la tarte épaisse et indigeste ",
je suis donc prêt à me lancer dans l'inconnu ! )
