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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 08:39

D'accord, je ne reprends pas dans la franche rigolade. Mais il se trouve qu'on m'a prêté aimablement un livre d'Alice Miller "Le Corps ne ment jamais, Flammarion 2004". Comme j'avais été séduit en 1983 déjà par "Le drame de l'enfant doué", je m'y suis plongé sans délai.
Le thème n'est pas absolument nouveau, il s'agit d'établir les relations entre nos traumatismes enfantins et leur expression psychosomatique aujourd'hui.
J'ai trouvé intéressant qu'Alice Miller prenne l'exemple de quelques grands auteurs, par exemple ce début de chapitre sur Rimbaud: "

4. Arthur Rimbaud ou la haine de soi
 
Arthur Rimbaud, né en 1854, mourut d'un cancer, quelques mois après l'amputation de sa jambe droite, en 1891, à l'âge de trente-sept ans. Sa mère, rapporte Yves Bonnefoy, était une dure et brutale, et, précise-t-il, toutes les source s'accordent à ce sujet.
« Madame Rimbaud fut un être d'obstination, d'avarice, d'orgueil, fière, de haine masquée et de sécheresse. Une figure d'énergie pure portée par une foi aux couleurs de bigoterie, amoureuse d'ailleurs, s'il faut en croire ses lettres extraordi­naires de 1900, de l'anéantissement, de la mort. Je ne puis citer pour son portrait, qui cependant les exige, ces constats enthousiastes d'inhuma­tion ou d'exhumation. Disons simplement qu'à soixante-quinze ans elle se fait descendre par les fossoyeurs dans sa tombe, entre Vitalie et Arthur morts, pour un avant-goût de la nuit ».
Grandir auprès d'une telle femme, qu'est-ce que cela a pu signifier pour un enfant intelligent et sensible ? La réponse se trouve dans la poésie de Rimbaud. Son biographe écrit plus loin :
«  Elle a essayé d'interrompre également sa matu­ration pourtant nécessaire. Elle a voulu étouffer au moins son désir d'indépendance, de liberté. La conséquence fut, chez celui qui s'est senti orphelin, une ambivalence profonde, à la fois haineuse et fascinée. De n'être pas aimé Rim­baud a obscurément déduit qu'il était coupable, et de toute la force de son innocence, il s'est dure­ment retourné contre son juge. » Yves Bonnefoy, Rimbaud, Seuil, réed. 1994"
 
Comme Saint Thomas, j'aime à vérifier les théories et je vous fais part de cette monumentale lettre de Madame Rimbaud à Arthur, alors dans la trentaine:
 
MADAME RIMBAUD À SON FILS (Pléiade 1972 p.404)
Roche, 10 octobre 1885.                    (caractères gras mis par moi)

 

 

 

Arthur, mon fils,
Ton silence est long, et pourquoi ce silence? Heureux ceux qui n'ont pas d'enfants, ou bien heureux ceux qui ne les aiment pas : ils sont indifférents à tout ce qui peut leur arriver. Je ne devrais peut-être pas m'inquiéter; l'année dernière, à pareille époque, tu as déjà passé six mois sans nous écrire et sans répondre à aucune de mes lettres, quelque pressantes qu'elles fussent; mais cette fois-ci voici bien huit longs mois que nous n'avons eu de tes nouvelles. Il esf inutile de te parler de nous, puisque ce qui nous concerne t'intéresse si peu. Cependant, il est impossible que tu nous oublies ainsi que t'est-il donc arrivé? N'as-tu plus ta liberté d'action? Ou bien es-tu malade au point de ne pouvoir tenir la plume? Ou bien n'es-tu plus à Aden? Serais-tu passé dans l'Empire chinois? En vérité, nous perdons la raison à force de te chercher; et j'en reviens à dire : Heureux, oh! bien heureux ceux qui n'ont point d'enfants, ou qui ne les aiment pas! Ceux-là, du moins, n'ont pas de déception à redouter, puisque leur cœur est fermé à tout ce qui les entoure. À quoi bon m'étendre davantage? Qui sait si tu liras cette lettre? Peut-­être ne te parviendra-t-elle jamais, puisque je ne sais où tu es, ni ce que tu
fais.
Bientôt, tu dois être appelé pour faire tes treize jours comme soldat; les gendarmes viendront encore une fois ici pour te chercher. Que puis-je dire? Si du moins tu m'avais envoyé ton pouvoir, comme tu me l'as déjà donné, je l'aurais fait voir aux autorités militaires; mais voici déjà trois fois que je te le demande sans rien obtenir. Tout donc à la volonté de Dieu! Quant à moi, j'ai fait ce que j'ai pu.
A toi,
V[EUVE] RIMBAUD.
Et pour terminer: CQFD !!

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Michel Luisier - dans Poésie
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Michel 23/10/2010 19:17



Merci, je ne prétendrais pas mesurer au milligramme l'amour d'une mère pour son fils!


Mais entre la théorie d'Alice Miller et la lettre en question, on n'a pas vraiment de preuves d'une affection débordante!


Je lirai avec plaisir l'ouvrage que vous proposez.


 



Philippe Kersantin 23/10/2010 12:09



Bonjour!


Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous: quoique dure, et impitoyable, et tout ce qu'on voudra, mme Rimbaud aimait son fils. Je vous conseille à ce sujet le livre de Henri Troyat Trois
mères, trois fils, qui explique bien les relations complexes qu'entretenaient Arthur et sa mère.